Tom Dorrance, pionnier de l’équitation positive

Tout le monde a-t’ il entendu parlé de Tom Dorrance ? Ce Horseman américain qui a traversé une bonne partie du 20ème siècle (1910-2003) a préexisté à l’équitation dite « éthologique » et au mouvement des chuchoteurs très en vogue à la fin du 20ème siècle aux États-Unis et un peu plus au début du 21ème siècle en Europe.
Aujourd’hui, tout le monde (ou presque) connaît Pat Parelli et ses 7 jeux. Mais qui se souvient de l’enseignement de Tom Dorrance ? Car même si il a bel et bien marqué son temps, quels sont ceux qui peuvent expliquer son travail avec les gens et les chevaux ?
C’est la proposition que nous fait son livre, « True Unity ».

Pas de méthode mais des concepts constitutifs de l’approche de Tom Dorrance

Parmi les concepts qu’il utilise dans la transmission de son expérience, en voici trois que j’ai décidé de retenir et de partager (même si il y en a tant d’autres) :

Self-préservation : comprend à la fois l’instinct de survie, de conservation et d’auto-protection du cheval. Répond au besoin de s’éloigner d’un danger ou d’un inconfort, la capacité à pouvoir se mettre en sécurité.
Feeling,timing and balance : au delà de la traduction littéral qu’on pourrait faire de l’anglais, il restait difficile même pour Tom Dorrance de définir ce concept. Il s’agit là de trois idées qui peuvent se comprendre à plusieurs niveaux et qui sont les piliers majeurs d’une relation et d’une équitation positives pour l’homme et surtout le cheval.
« J’ai coutume de dire que tout tiens dans en trois mots : feeling, timing et équilibre. J’aurais aimé expliquer en quoi ils consistent mais je n’y suis toujours pas parvenu et pourtant ces trois mots là veulent dire tant de chose ! »
Willing communication : communication spontanée où les deux partenaires sont concentrés, à l’écoute, motivés à vouloir être en parfaite harmonie.

Sans en faire des idées immuables, Tom Dorrance aborde toutes les situations en s’appuyant sur ces concepts qui lui paraissent essentiels pour aider les cavaliers à guider leurs chevaux.

La structure originale de « True Unity »

Le livre s’ouvre sur quatre chapitres rédigés par Tom Dorrance lui même. Le cœur du livre est composé du témoignage des élèves de Tom Dorrance, ce qui est d’un intérêt extraordinaire. Déjà parce qu’il est intéressant de voir comment chacun a été d’une part marqué par la gentillesse de Tom et d’autre part comment tous ont orienté leur travail dans le même sens du cheval en se mettant à la portée de leur monture.
Le point commun entre Tom et ses élèves, c’est qu’ils sont tous d’accord pour dire combien il est difficile de rendre compte par écrit ou même verbalement des idées et concepts qu’ils ont compris dans l’enseignement des chevaux.

« Je ne sais tout simplement pas comment expliquer cette unité et cette harmonie avec le cheval par des mots pour attirer suffisamment fort l’attention des gens, attisé leur intérêt, et faire en sorte qu’une fois les explications imprimées noir sur blanc, ils disposent d’assez de temps pour les assimiler et en discerner toutes les nuances. »

Au milieu du livre, on peut également profiter d’un cahier de quelques pages de photo de Tom Dorrance. C’est d’ailleurs frappant de voir combien cet homme est souriant, rayonnant. On peut y voir aussi des photos de Tom auprès des chevaux : une avec des poulains et une autre où l’on peut l’observer à cheval en « poning » pour travailler et rassurer un second cheval dans le corral. On le voit même utiliser un montoir sur un cliché datant de 1994 pour aider un poulain à supporter la charge du cavalier qui se met en selle. Cela n’a l’air de rien mais combien utilisait cette technique pour soulager leurs chevaux à cette époque  ? Il est certain que les chevaux devaient percevoir le rayonnement positif de Tom, et qu’il s’agit là encore d’un détail supplémentaire qui contribua à son talent.

dorrance tom article
L’ouvrage se poursuit sur deux chapitre de Tom Dorrance qui viennent compléter les expérience de ses élèves, où il raconte les aspects sur lesquels il a pu travailler lors de ses stages itinérants. Le mot d’enseignant ou d’enseignement n’est absolument pas revendiqué par Tom Dorrance . Lui aimait dire qu’il était l’avocat du cheval.

« Lorsque j’aide des cavaliers qui disent « avoir un problème avec leur cheval », je leur dis parfois que je suis l’avocat du cheval et que « c’est plutôt le cheval qui un problème de cavalier ». »

« True Unity » se termine sur une séance enregistré entre Tom, un élève et une jeune pouliche sortie du débourrage.

Au -delà des concepts, l’enseignement de Tom Dorrance

La première chose qui m’ait plus dans « True Unity », c’est qu’il ne s’agit pas d’une méthode mais d’une tentative complexe d’expliquer le non-verbale, une relation qui se vit de l’intérieur et il y aura autant de propositions possibles que de situations différentes pour aider un couple homme-cheval à évoluer.

« Vous devez adapter votre approche pour que la nature du cheval -son instinct d’ autopréservation- soit respectée avant toute chose. Organisez-vous pour que ce que vous lui demandez d’effectuer soit facile pour lui. »
Concernant les aspects équestres, Tom Dorrance répète inlassablement que le cheval doit trouver lui même la solution, qu’il ne doit pas être téléguidé dans l’équitation. Si le cheval s’est mis lui-même dans une situation délicate, c’est à lui d’en trouver l’issue.

« Je fais mon possible pour amener le cheval à trouver lui-même les bonnes solutions et à se prendre en charge. C’est la première aide que j’apporte au cheval. »

En revanche, il est indispensable pour le cavalier de préparer le cheval à un mouvement, une transition, le début de l’unité véritable et de l’équilibre dépendent de cette capacité du cavalier à créer une situation favorable pour que le cheval trouve lui même la solution. C’est même en fait pour Tom Dorrance la condition sine qua non de l’apprentissage chez le cheval.

« Lorsque vous souhaitez aider un cheval à prendre un bon départ, faites tout ce que vous pouvez pour l’encourager à se mettre dans une bonne position qui l’aidera à rassembler l’ensemble de son corps ( corps, pieds et membres) . Dès lors, il pourra mieux gérer son poids et bouger le (ou les) bon(s) pied(s), au bon moment. »

C’est pourquoi, pour aider les gens avec leur chevaux, il suggère toujours des propositions positives à faire au cheval et surtout pas correctives. Ceci paraît élémentaire, pourtant ce n’est pas ainsi que procèdent la majorité des cavaliers.

« Il est possible qu’un cheval soit en résistance parce que le cavalier utilisent la punition. Je n’aime pas l’idée que la punition soit une solution . Je pense plutôt que la solution réside dans le fait de guider et d’aider. Ce sont des notions vraiment importantes qu’il faut essayer de mettre en évidence afin d’inviter les gens à réfléchir. »

Si on veut mettre en application de telles aptitudes chez les cavaliers et leurs chevaux, il paraît donc indispensable que tout le monde puisse se comprendre, et surtout que les cavaliers soient à même de se mettre au niveau de leurs chevaux et de leur faire des propositions qui soient à leur portée.

« C’est cela que je souhaite faire comprendre : c’est au cavalier de se mettre à la portée du cheval, pas au cheval de se mettre à la portée du cavalier. Généralement, on estime que le cheval doit se plier à tout ce que le cavalier a décidé. Moi, j’aime partir de là où en est le cheval et l’amener à devenir disponible, capable de répondre à tout moment ou d’aller dans n’importe qu’elle direction où j’ai besoin d’aller. »

Enfin, dans la transmission de Tom Dorrance, voilà une notion qu’il a inclus un peu plus tardivement dans ses rapports aux chevaux : c’est de considérer le cheval pour son physique, son mental et mais aussi pour son esprit : troisième notion essentielle sans laquelle il est impossible de trouver l’unité dans un couple homme-cheval.
Cette idée profonde invite le cavalier à ressentir ce qui se passe à l’intérieur du cheval et bien-sûr à l’intérieur de lui-même.

« J’ai ressenti cela toute ma vie mais je ne pense pas avoir toujours pris conscience à quel point il était important d’essayer d’apaiser ce qui se passe dans les entrailles d’un cheval. Jusque-là, je travaillais en surface -sur le plan mental et physique- mais sans atteindre le cheval en profondeur. Personne ne peut parvenir à comprendre ce qui se passe dans les tripes d’un cheval sans que cela ne vienne de ses propres entrailles. Le reste devra venir de l’intérieur du cheval. »

Tom Dorrance, plus qu’un Horseman

Tom Dorrance, en plus d’être un horseman remarquable, était à l’écoute de son environnement, qui tendait à vivre en harmonie avec toute chose, selon le témoignage de ceux qui ont eu la chance de le rencontrer et de vivre à ses côtés. Voilà peut-être son meilleur conseil :

« Cette compréhension-là, j’ai dû la développer en moi, pour moi et par mes propres moyens. Accéder à la véritable unité (true unity) et la communication spontanée (willing communication) avec un cheval n’est pas quelque chose qui peut simplement être transmis. Cela doit être étudié et venir du fond de soi et du fond du cheval. »

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