Sans dessus, dessous ?

Si comme moi, vous pensez que l’équitation est faite de paradoxes, il y a des fois où vous devez bien vous triturer les méninges pour rendre l’ensemble cohérent dans votre système de valeur.

Pour ma part, la priorité ici à l’école, sera d’apprendre (ou de confirmer) aux élèves d’abord ce qu’est un cheval naturellement : ça peut prendre de quelques minutes si le cavalier est de passage pour une séance unique à plusieurs jours si la personne est en formation longue.  Qui est-il dans son comportement bien-sûr mais aussi dans ses déplacements et son équilibre. En fait, quand j’entreprends de faire quelque chose avec un cheval, je me pose toujours la question  : exprime-t’il ce mouvement naturellement sans moi ? comment et dans quel contexte ? dans quelle attitude ? Je fais un recoupement entre le répertoire comportemental du cheval, ses déplacements et équilibres naturels et l’équitation.

Si vous observez les chevaux suffisamment longtemps, dans des espaces appropriés, vous aurez la chance de les voir effectuer des cercles, des demi-voltes, certains déplacements latéraux, à l’occasion du passage et un peu de piaffer et même sauter des obstacles. Je retiens ici ces mouvements qui s’expriment plutôt dans un contexte neutre ou d’interactions positives, je n’aborderais pas les airs effectués dans un contexte de combat ou d’interaction agressives (cabré, ruade,…) Regardez ces chevaux exprimer les trois allures (hum quand ils le peuvent) et dans quel équilibre ils changent de direction.

J’ai personnellement besoin de ça pour comprendre d’où part naturellement chaque cheval. La deuxième priorité, c’est apprendre aux cavaliers comment monter à cheval  pour préserver l’intégrité du cheval, physique surtout quand on est sur son dos. Donc évidemment, la posture de l’écuyer, qui fait l’objet de nombreux articles et stages, et puis surtout quoi enseigner aux chevaux pour qu’ils puisse nous porter. En gros, comment switcher de l’herbivore qui broute au pas au cheval qui se déplace aux trois allures avec un cavalier sur le dos.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que l’amélioration de l’équilibre équestre, ça va souvent avec un cheval qui est de plus en plus portant (pas besoin de rappeler l’importance du travail à pied, je pense). Seulement, on ne peut pas tellement faire l’impasse d’un minimum de connaissances en anatomie et biomécanique à ce stade. Ne serait que pour savoir quoi observer sur le cheval (et sur le cavalier, pour nous autres enseignants).

Alors par quoi on commence ? Pour faire SIMPLE :

LES PIEDS ! Ce n’est un mystère pour personne, c’est la base, le socle, les fondations de la posture, CAVALIERS et CHEVAUX ! C’est peut-être encore plus important pour le cheval, qui va se retrouver en surcharge, avec le poids cavalier en plus sur le dos. Un cheval qui va bien dans ses pieds va poser ses pieds, contrairement à nous, talons en premier. Éventuellement le pied à plat, si il est en transition ou que des changements positifs se mettent en place. Un poser en pince ne permet pas aux différents segments du corps du cheval de prendre une longueur adéquate.

L’ARRIÈRE-MAIN et LES ABDOMINAUX, ce sont eux qui en grande partie vont aider le pont vertébral à se soutenir. Les postérieurs engagés ne vont pas systématiquement de paire avec un dos fonctionnel ! Les muscles abdominaux ont eux la responsabilité de « porter le dos » et de l’étendre. Plus les abdominaux fonctionnent, plus vous avez de chance de créer de l’espace intervertébrale. C’est la même chose pour les CAVALIERS et LES CHEVAUX.

LES MUSCLES DU DOS, encore plus que le reste, on va les remarquer lorsque tout fonctionne bien ! Il vont prendre de la longueur, remplir certaines parties du dos. Ils sont présent sur tout les plans : profond avec le multifide qui est un muscle postural  et l’élévateur des côtes. Par dessus, sur un plan plus superficiel, l’illio-costal et le long dorsal (longissimus qui est un muscle de transmission du mouvement, assez important pour un quadrupède !). Tout ce groupe de muscle, on l’appelle erector spinae et en plus, ils se rejoignent tous pour former ce qu’on appelle la masse commune dans la régions lombaire, où ils ne sont plus séparable.

À gauche, le temps de suspension au galop où l’on observe que la bascule du bassin du cheval va tirer sur la masse commune et le psoas sera saisi (contracté).

À droite, Sirsasana en yoga. Ici, impossible de tenir cette posture si on laissait les lombaires se creuser. La paroi abdominale soutient ce bon alignement ET le psoas saisis légèrement aide à orienter le bassin.

À ce stade,  on retient que :

  • le cheval doit pouvoir se tenir sur ses pieds sans souffrir
  • il doit pouvoir bouger autant que sa propre nature et son propre tempérament l’y incite au commencement du travail
  • le cavalier, l’enseignant, le coach ou le propriétaire doit mettre tout en oeuvre pour que le cheval se déplace dans le travail, à plusieurs reprises, ou tout au long de la séance (en fonction des besoins et du niveau du cheval) en créant de l’espace entre les vertèbres. On l’incitera ensuite à se tonifier de plus en plus
  •  les muscles du dos et de l’encolure doivent pouvoir s’allonger ou se tonifier et il faut aider les abdominaux à fonctionner

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On fait quoi avec tout ça ? On laisse le cheval se déplier, et si il n’y arrive pas, il faut 1 comprendre pourquoi et 2 proposer un travail et des exercices appropriés qui vont doucement l’y amener.

Voilà quelques exemples, de recherche de cette attitude. Ma quête va consister également à ce que la jument puisse ouvrir son angle tête-encolure quitte à descendre moins bas, mais au moment de cette séance de travail, la priorité n’est pas aux réglages dans cette attitude, au jour où j’écris cet article, c’est bien plus le cas.

À pied ou monté, aux 3 allures, sur le plat ou à l’obstacle, vous pouvez contrôler que le cheval peut s’étendre, et même l’y inciter.

Certains sont encore très obsédés pas une attitude dite de « mise en main » ou de la « rondeur » et la recherche à outrance. Pourtant, tous les chevaux ne sont pas prêts à travailler des séances intégralement dans ces attitudes.

Pire, certains prétextent même que laisser les chevaux se déplier vont les envoyer sur les épaules … Oui, et ? Le cheval passe clairement son temps sur les épaules, au pré même au box si il y mange à volonté au sol. Nous ne devons pas être aveuglés par des équilibres trop « anti-naturels », surtout si, vous voulez emmener votre cheval loin dans son équitation.

J’ai beaucoup d’exemple de chevaux en mémoire dont on laisse descendre l’encolure et qui reviennent ensuite très équilibrés entre les mains et les jambes.

J’ai bien conscience que plusieurs écoles et méthodes se confrontent et s’affrontent sur ces questions, mais la seule façon de s’y retrouver et que le cheval s’y retrouve, c’est de chercher à comprendre soi-même comment les corps et les esprits fonctionnent quand ils vont bien. Pas de mouvement ou d’attitudes délétères pour le corps physique et pas de situations insurmontables au plan psychique pour les chevaux. C’est la souffrance, cette douleur répétée qu’il faut éradiquer à tout prix quelque soit la méthode ou l’école, et si c’est la méthode qui génère de la douleur ou de la détresse, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

En quelques mots, plus vous étudiez le cheval pour ce qu’il est, plus vous avez de chance d’y arriver sans que rien ne soit laisser au hasard surtout en terme de travail, et alors vous serez gouverneur de son bien-être !

 

Crédit photos : Emeline Gourand et Anne-Marie Tijou

Chevaux : Lassa montée, Akab, Sylight et Tae Tzou

Relecture et inspiration titre : Sophie Daveau

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