PERCEPTION CHEVAL-CAVALIER

Lors d’un stage, une élève se demandait comment les chevaux pouvaient percevoir et sentir le cavalier monté.

J’ai trouvé la questions si intéressante, que je décide de partager ça ici avec vous. Je pense même qu’on pourrait, nous autre enseignant, en parler un peu plus, non ? En fait la connaissance du cheval, c’est LA guideline de notre travail avec eux.

Les toutes premières questions qu’on peut traiter, c’est quelle expérience sensorielle peut faire le cheval du monde en général : son UMWELT à lui (univers sensoriel propre à chaque espèce : celui des humains étant différent du chat, lui même différent d’une orque par exemple !).

Son sens de la VUE : le cheval à une vision binoculaire qui lui permet de voir quelque peu mieux en détail mais son champs est assez réduit. En revanche sa vision monoculaire, couvre un champs BEAUCOUP plus large, allant de chaque côté de son profil de tête jusqu’au côté sa cuisse pour un premier plan. Et la profondeur de champs de sa vision monoculaire est évidemment bien plus lointaine que la nôtre.

Son axe optique est orienté vers le bas

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Son sens de l’OUIE : des oreilles très mobiles, une aire auditive proche de celle de l’humain, et qui couvre bien la voix de l’humain. Mais le cheval perçoit également des ultras-sons inaudibles pour nous.

Son sens du GOÛT : pomme, carotte LA base ! Plus sérieusement, les recherches ne sont pas très étendues à ce propos mais on sait au moins que le cheval discrimine le salé, sucré, acide et l’amer. Dans un espace diversifié, on l’observe consommer et goûter plusieurs types de végétaux.

Son sens de l’ODORAT : des gros naseaux, un bulbe olfactif cérébral volumineux, un organe voméro-nasal qui provoque des flehmens ( retroussement de la lèvre inférieure pour capturer une odeur dans la cavité nasale). En comparaison du nôtre, ce sens est bien plus élaboré chez le cheval.

Son sens du TOUCHER : une peau plus fine que celle de l’homme, des muscles peauciers  que nous n’avons pas et des zones comme le garrot parfois plus sensibles que le bout de nos doigts ! Excusez-moi du peu mais, si l’on considère que le toucher est prépondérant dans l’équitation, je crois qu’on va tâcher de ne pas l’oublier.

Il est primordial d’avoir accès à des informations mais encore faut-il les exploiter ensuite, en terme de réflexion et de pratique équestre. Comment réfléchir avec ces infos, qu’est-ce que ça signifie pour la compréhension des chevaux dans  notre travail monté ?

Au regard de ce qui précède, le cheval lorsque nous sommes sur son dos, ne nous voit donc que de façon très partielle. Cela signifie donc, que sont champs visuel est plus libéré en selle que lorsque nous sommes à pied. C’est chez certain chevaux un avantage.

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Il évolue également dans un univers auditif  duquel il ne se coupe pas ou peu, dans lequel notre voix peut bien s’insérer, puisqu’il la percevra facilement monté. Je fais personnellement le choix de l’utiliser par moment, en fonction des situation. Je reste tout même plus encline à un travail silencieux avec les chevaux qu’un flot de verbiage qui n’aura plus de sens pour le cheval et qui pourrait ressembler à une station de radio mal réglér qui cassent les oreilles plus qu’autre chose.

La position des oreilles dans le travail sous la selle ? Je remarque les fois où mes chevaux se livrent et se dédient le plus dans le travail sont les fois où les oreilles seront mobiles et/ou sur le côtés. Elles sont plus souvent pointées en avant dans les moments d’exploration en extérieur.

En terme relationnel, l’odorat a aussi son importance. Les sécrétions hormonales variées que nous émettons sont en effet perceptibles par les chevaux.

Et le toucher … Si il s’agit du vecteur de prédilection de notre communication avec les chevaux monté, je crois qu’on a intérêt à bien savoir ce que l’on fait.

Que perçoit réellement le cheval au niveau tactile du travail monté ? TOUT ! Absolument TOUT.  Et si il ne sent pas ou plus, une aide, du matériel,  on a un problème.

L’INTERFACE entre le cavalier et sa monture, le cheval va sentir sur son corps :

– le matériel, TOUT le matériel : le tapis, la selle, la sangle, les étriers-étrivières, la bride sur toute sa surface au contact, les rênes sur son encolure… Ce matériel  sur le cheval, il repose sur des zones plus ou moins sensibles, en fonction de leur localisation et des individus

– le poids total du cavalier

– son orientation

– son équilibre et ses déséquilibres

– l’usage des aides du cavalier

– etc. Les directions que peuvent prendre la perception du cavalier par le cheval sont vastes.

Si l’on se pose la question de comment le cheval perçoit son cavalier au 21ème siècle, je retiendrais certainement 3 choses essentielles qui m’aident réellement au quotidien avec les chevaux :

  • la conscience quasi-constante de l’ensemble de leur univers sensoriel
  • la posture et le fonctionnement du cavalier . Qui demandent du travail, de l’investissement, du temps.  Nous sommes responsable de l’empreinte que nous laissons sur CHAQUE cheval que nous montons : que ce soit un brave cheval d’école pour le plaisir de notre instruction équestre, notre propre cheval, un cheval confié au travail, un cheval de randonnée ou un cheval de grand prix. La même attention pour TOUS et le cavalier adulte doit être humain responsable de sa propre posture (au delà du fait qu’il faille trouver les enseignants compétents pour se former).
  • le matériel : trop de cavalier semblent encore se trouver bon nombre de frein à l’usage éclairé de l’ergonomie équestre, en particulier le saddle fitting, puisque la selle est l’interface entre le cheval et son cavalier. Trop cher, trop difficile, trop contraignant. Les solutions en terme de briderie et de sellerie existent, quelque soit le budget que l’ont possède. Il FAUT chercher, et ne pas se contenter de matériel où le cheval -et le cavalier- ne seraient qu’à moitié confortable.

 

Retenons l’impermanence des choses qui nous invite à remettre régulièrement en questions nos habitudes, notre fonctionnement, notre vie matérielle…

Ce qui vaut un jour ne vaut pas toujours !

Sources :

Michel-Antoine Leblanc, L’esprit du cheval, Belin, 2010

https://www.horsetalk.co.nz/2015/03/25/whip-use-horses-more-sensitive-pain/

https://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/comportement-ethologie-bien-etre/comportement-naturel/monde-sensoriel-du-cheval.html?L=0

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Sans dessus, dessous ?

Si comme moi, vous pensez que l’équitation est faite de paradoxes, il y a des fois où vous devez bien vous triturer les méninges pour rendre l’ensemble cohérent dans votre système de valeur.

Pour ma part, la priorité ici à l’école, sera d’apprendre (ou de confirmer) aux élèves d’abord ce qu’est un cheval naturellement : ça peut prendre de quelques minutes si le cavalier est de passage pour une séance unique à plusieurs jours si la personne est en formation longue.  Qui est-il dans son comportement bien-sûr mais aussi dans ses déplacements et son équilibre. En fait, quand j’entreprends de faire quelque chose avec un cheval, je me pose toujours la question  : exprime-t’il ce mouvement naturellement sans moi ? comment et dans quel contexte ? dans quelle attitude ? Je fais un recoupement entre le répertoire comportemental du cheval, ses déplacements et équilibres naturels et l’équitation.

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Mes chevaux d’école ne sont pas parfaits mais …

MES CHEVAUX D’ÉCOLE NE SONT PAS PARFAITS MAIS …

CARA, DSA de 6 ans, c’est ma ponette.

Cara est née dans le beau limousin et elle s’est construite avec l’énergie d’un grand troupeau. Il y a un peu plus d’un an, ses naisseurs ont accepté de me la vendre en pensant que j’étais comme on dit, une « bonne maison » et je les remercie pour leur confiance.

 

Le gabarit de Cara était parfait : je cherchais un destrier taillé pour l’aventure avec les enfants et que moi aussi, adulte pourrais monter.

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Équitation & Éthologie III : Éducation du jeune cheval et débourrage

Le cheval en formation est un parcours passionnant. Au delà du débourrage, qui reste un instant capital auquel il faut accorder une importance particulière, il y a de multiples aspects à ne pas négliger.

La gestion du poulain à la naissance et au sevrage, l’éducation avant le débourrage, les premiers apprentissages et le début du travail à pied sont des moment clés à  réussir absolument. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il vaut mieux débuter un jeune cheval intact ou vierge que de réhabiliter, rééduquer, redébourrer un cheval raté et gâché par l’homme.kanelle oulzi poning

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Équitation & Éthologie II : Synergie

Pourquoi ne pas s’en tenir au simple plaisir d’observer les chevaux ? Pourquoi monter ? Pourquoi travailler avec eux ?

Il ne s’agit pas de développer les motivations personnelles de chacun, mais plutôt :  si l’on aime vraiment les chevaux, est-il légitime de les monter, de les sortir de leur pré pour travailler ? J’ai beaucoup ressassé la question et longtemps j’ai cru que le jour où je trouverais la réponse, j’arrêterais de monter et que je laisserais « en paix »  les chevaux. Et pourtant aujourd’hui, je pense qu’il faut continuer de travailler avec eux ( travail = équitation, travail au sol, en liberté,  balade, randonnée, ou métier plus spécifique débardage, maraîchage en traction animal, tri de bétail,etc ).

Bien sûr la question de quel travail, quel métier pour quel cheval est primordiale. De plus, est-il besoin de le préciser, toutes activités entreprises avec les chevaux devraient être effectuer sans la moindre douleur physique ( d’où l’importance capitale d’utiliser du matériel parfaitement adapté et d’une totale innocuité) et dans un respect réciproque.

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Équitation & Éthologie I : À quoi sert l’éthologie ?

L’éthologie, c’est l’étude du comportement des animaux. Donc a priori, rien à voir avec l’art ou le sport que représente l’équitation et pourtant …

Si l’éthologie peut bien évidemment se passer de l’équitation, il n’est pas si sûr que l’équitation puisse se passer de l’éthologie.

L’éthologie implique d’observer son sujet de façon standardisée, c’est à dire avec méthode, sans biais, sans préjugés. Donc pour commencer,  elle devrait nous mettre dans une position d’observateur neutre et nous permettre de ne pas prendre « personnellement » certaines réactions de nos chers équidés.

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Yoga et équitation : Partie II

Yoga et équitation ? Oui et comment?

On avait abordé les origines du yoga et ses piliers dans le premier article. Ici, je voudrais descendre plus en profondeur dans la pratique conjointe et concrète du yoga et de l’équitation.

Je m’intéresse à tout ce qui peut améliorer l’équitation et favorise la bonne formation des cavaliers. On aura de cesse de le répéter , mais le corps, n’a pas le même temps d’apprentissage que le cerveau. Ce dernier est plus rapide mais si le corps n’a pas enregistré le changement, l’apprentissage n’est pas encore intégré et il ne sert à rien de l’abuser en terme de rythme ou d’intensité car tôt ou tard, les effets délétères arriveront et se paieront.

Vous pouvez également être certain qu’un apprentissage qui n’est pas effectuer en conscience est beaucoup plus illusoire.

Et bien-sûr, vous l’aurez compris, , tout ceci est valable tant pour nous que pour les chevaux.

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